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Plus nous tournons en rond,
Plus nous restons les mêmes
La nature des habitudes circulaires et comment leur échapper

par David Gorman

Traduction : Michel Borotra, Pierre Chaumont, et Dominique Gaztana
Relecture : Eillen Sellam
D'après une lecture au Centre for Training, en mai 1993

 

CECI EST A PROPOS DE LA NATURE DE L’HABITUDE — des habitudes non-constructives, en particulier celles que l’on nomme des cercles vicieux. C’est-à-dire d’une réaction en chaîne dont chaque étape ajoute quelque chose qui m’oblige à réagir en allant à l’étape suivante, qui à son tour me force à avancer à l’étape suivante, et ainsi de suite, jusqu’à ce que je sois condamné à répéter le cycle : ce qui a pour conséquence de le renforcer et de l’ériger en habitude.

Personne ne désire être pris dans des cercles vicieux et évidemment personne ne se laisse sciemment enfermer dans de telles habitudes destructives. Quoiqu’il en soit, nous constatons que nous en sommes prisonniers et, à moins de comprendre comment elles fonctionnent, nous ne pouvons ni sortir du cercle qui renforce nos habitudes existantes, ni être débarrassés de la possibilité d’en créer de nouvelles. Si vous (ou quelqu’un de votre entourage) êtes pris dans un "problème" habituel ou chronique sans pouvoir vous en débarrasser en dépit de vos efforts et que, au mieux, vous trouvez une fois encore de meilleurs moyens pour le gérer, alors, utilisez votre expérience concrète comme référence pour ce qui va suivre.

La clé pour comprendre comment nous créons et entretenons à notre insu ces sortes de cycles d’habitudes, est de voir comment, à chaque étape, elles reposent sur une série d’illusions qui nous captivent et nous dirigent vers l’étape suivante. Ce que nous pensons faire pour résoudre le problème semble avoir un sens dans le contexte de l’habitude, mais vu d’une perspective plus vaste, ce n’est, en fait, que notre manière de créer le problème et de le perpétuer. Ces habitudes sont structurées de manière si subtile qu’elles nous amènent à les répéter et ceci malgré notre désir de changer. Mieux : l’issue (la façon d’en sortir) est dissimulée dans le dernier recoin où nous penserions la chercher. Mais il n’y a pas que cela : au fil de notre compréhension de la structure des habitudes circulaires, nous réalisons à quel point l’habitude d’essayer de résoudre le problème, d’essayer d’être juste, ou parfait, ou idéal, ou même de devenir différent, nous maintient puissamment dans la dépendance, à cause de notre tentative d’essayer de tout contrôler.

Voyons comment cela fonctionne, en prenant l’exemple, pour une meilleure compréhension, du cas très courant de la "tension" désagréable et chronique. La tension est un symptôme qui se révèle sous un aspect des plus physiologiques (c’est à dire que c’est une sensation physique par opposition à ce qui est émotionnel et psychique) mais on s’apercevra que ce type d’habitudes circulaires se manifestera dans tous les aspects et domaines de nos vies. Je commencerai par la nature et les aspects mécaniques de l’habitude et comment nous nous laissons piéger par eux, puis je vous montrerai l’issue inattendue et cachée, et je finirai avec quelques unes des implications issues d’un changement fondamental.

1. LA NATURE DE LA BÊTE

J’aborde la vie en faisant ceci ou cela sans trop penser comment j’agis : j’agis, c’est tout. Puis, à un moment particulier, au milieu de l’action que je suis en train de vivre, je suis rappelé à l’ordre par un symptôme, une sensation d’inconfort, de douleur, de tension ou quelque chose de similaire. Ce symptôme apparaît, s’empare de mon attention, et je le ressens naturellement comme quelque chose de "faux", quelque chose que je n’aime pas, une "mauvaise chose". Il apparaît naturel de ressentir que le symptôme est le problème, et bien évidemment, de vouloir faire quelque chose pour s’en débarrasser — pour se rendre la vie plus agréable — et de préférence le plus vite possible : le but ultime étant évidemment de se débarrasser du symptôme et de retourner à son activité initiale, moins le problème.


 
figure 1.

Alors, j’entame un processus pour changer le moment "ça-ne-va-pas-je-me-sens-mal" par un présent "ça-va-je-me-sens-mieux". Prenons l’exemple où je suis en train de dessiner : après un certain temps de travail très concentré, mon attention est attirée, dans l’instant présent, par une sensation de gêne ou de tension dans la région des épaules, si contrariante que je choisis de faire quelque chose pour me libérer des symptômes. Peut-être vais-je serrer mes épaules, les tirer en arrière ou en avant espérant ainsi enlever la tension et les relâcher. Je peux aussi masser les points douloureux ou me faire masser par quelqu’un ou faire autre chose.

Il est important de reconnaître quand il s’agit de l’habitude, qu’il importe peu de savoir quel est le procédé particulier employé, mais que c’est le malaise engendré par le symptôme qui me force à fuir le moment présent pour le moment suivant qui, espérons-le, sera meilleur. Quand je parviens à transformer la mauvaise sensation (tension ou douleur) en une bonne sensation (pas de tension, pas de douleur), le "ça-ne-vas-pas" en un "ça-va-bien", je peux revenir avec entrain à ma tâche, sans me soucier de ces problèmes car j’ai l’impression à ce moment là qu’ils ont disparu.


 
figure 2.

Tout ceci semblerait parfaitement sensé et dénué de toute importance si ces symptômes étaient apparus pour la première et la dernière fois. Il n’y aurait même pas matière à y penser plus longtemps. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas ce qui se passe pour la plupart d’entre nous. Ce qui arrive, c’est qu’une fois le problème résolu, je retourne à mon activité ; mais bientôt, quelques heures, jours ou semaines après, les symptômes sont de retour. Je réagis bien sûr à la perception désagréable engendrée par le symptôme, en faisant ce que j’ai toujours fait avant, faire quelque chose pour m’en débarrasser : ce qui marche dans la majorité des cas et me ramène à un état satisfaisant. Tout serait parfait dans le meilleur des mondes, mais invariablement le symptôme revient, de plus en plus aigu et ce que je faisais pour y remédier jusque là n’est plus aussi efficace qu’avant.


 
figure 3.

Naturellement, je ne mets jamais en doute la validité de mon approche globale et j’essaie de trouver une façon plus efficace pour tout "arranger". J’essaie alors telle ou telle méthode ou tel exercice qui s’avère peu ou pas payant. Tandis que je persiste à "essayer de", les symptômes persistent à revenir jusqu’à ce qu’ils me deviennent si familiers, que je commence à les considérer comme "mon problème", ça devient mon problème. Moi et mon problème. Cela recommence. Ça me fait mal. J’ai une tension. J’ai un problème de dos. Je serais bien si je n’avais pas ce #%@#!! problème.

En fait, ce qui se passe réellement, c'est que ça me possède. Il y a une séquence inévitable d'événements qui se sont établis : je me sens mal je réagis pour me sentir bien de telle manière que je puisse revenir à la vie "normale" jusqu'à ce que je me sente à nouveau mal et que j'agisse encore pour me sentir bien pour retourner à la vie "normale" et ainsi de suite jusqu'à ce que la séquence elle- même devienne la vie "normale". Progressivement, les symptômes empirent et sont plus durables et je suis obligé d'utiliser d'autres moyens qui s'avèrent de moins en moins efficaces. Je suis bel et bien coincé car toute amélioration n'est que temporaire. Cela est, bien sûr, la situation de la plupart des gens.

Parvenu à ce stade, il m’apparut que cette séquence d’événements n’était pas une séquence linéaire, mais circulaire. J’éprouve une tension, je fais quelque chose pour m’en débarrasser, tout s’arrange, puis je suis à nouveau cerné par les symptômes. Je suis pris dans un cercle vicieux pareil à un noeud coulant qui m’enserre davantage à chaque tentative pour m’en échapper.

Pris au piège, je pourrais juste admettre que j’ai un problème : « j’ai pas de chance, mon dos est fragile » ou « nous ne sommes pas faits pour ce genre d’activité ». De toute manière me voilà coincé avec ces symptômes récurrents, condamné à trouver des moyens de plus en plus sophistiqués pour en sortir.


 

figure 4.

Au bout d’un certain temps, comme F.M. Alexander le fit avec son problème de voix, je peux me demander pourquoi mon problème continue à revenir. Si ça allait il y a un instant, mais que le symptôme est maintenant de retour, c’est sans doute que je fais quelque chose pendant le long temps de parcours du cercle, entre le moment où "ça-va" et la réapparition du symptôme (le tracé en dehors du rectangle en pointillé). Ce cercle est la période où je suis revenu à mon état d’être "inconscient" ; quand je ne suis pas réellement conscient de ce que je fais et comment je le fais, simplement je le fais. Pendant cette période de temps (qui peut aller de plusieurs minutes à des semaines), quelque chose a dû se passer pour me ramener à ce chaos.

Je poursuis donc ma recherche en examinant si, dans ces "moments inconscients", je peux trouver quelque chose dans mes actions qui soit la cause de mon problème. Il y a en fait beaucoup de choses à trouver parce que ces moments "inconscients" recouvrent tout ce qui se passe quand je ne suis pas occupé à réagir au symptôme.

Il y a mille détails intéressants et fascinants à découvrir. Peut-être suis-je mal assis ; je suis affaissé et je comprime ma colonne ; j'ai un clavier mal conçu, une mauvaise chaise ; j'interfère avec ma respiration, etc. J'ai déjà tendance à voir toute attitude comme étant mauvaise et ayant besoin d'être corrigée, si bien que chaque fois que je trouve quelque chose que je pense être à la base du problème--par exemple être assis, affaissé au dessus de mon dessin, avec la tête en avant et le cou tendu — je me mets directement à la recherche c'est toujours la même habitude, c'est à dire : il y a quelque chose de faux, je dois utiliser un quelconque procédé pour en sortir. Autrement dit, tout ce que j'ai fait, c'est d'employer les mêmes moyens (means-whereby note1) ou processus déjà utilisés contre le "mauvais" symptôme initial et de le plaquer sur les nouveaux "problèmes" pour rendre meilleur le moment à venir.


 
figure 5.

Le cercle vicieux n’est toujours pas brisé et l’habitude est simplement plus ancrée et plus complexe qu’elle ne l’était précédemment. Quand j’examine ces moments inconscients, j’y découvre un nombre illimité de choses servant de prétextes à trouver des moyens "de réajuster et d’améliorer". Il m’apparaît même que je fais des progrès dans la reconnaissance des facteurs qui composent mon habitude (parce qu’ils sont parties intégrantes du cercle). Au cours de cette recherche minutieuse, je découvre évidement d’autres effets secondaires. Toutefois, je suis si impliqué qu’il me faut un certain temps pour me rendre compte (si un jour je m’en rends compte) qu’en dépit de tous ces réajustements, j’ai toujours un problème. Ramené à cette réalité, je réalise que je ne fais que déplacer le problème sur un autre symptôme, et qu’incontestablement, je dois régulièrement y consacrer du temps. Les mots changent, mais c’est toujours la même rengaine.

Est-ce que cela vous est familier ? Connaissez-vous intimement le petit monstre (la bête) ? Bien sûr, tout ce qui précède serait magnifique si vous aviez réussi à vous débarrasser du problème et de ses symptômes entièrement et pour toujours. Si vous avez réussi, vous êtes l'heureux élu, car après 15 ans d’expérience professionnelle avec des gens pris dans ce type d’habitude; j’ai constaté que la pluspart d’entre eux n’ont pu s’en libérer malgré les tentatives et méthodes employées. Ils arrivent peut-être à mieux "faire face" à leurs sympômes et leurs schémas habituels, en ce sens qu'ils ont acquis de meilleurs outils pour transformer le moment des symptômes en moment de liberté relative, mais ils sont immanquablement ramenés à des problèmes analogues, requérant de nouveau leur attention.note2

2. FAIRE LE PAS HORS DU CERCLE

Il y a quelques années, comme la nature des habitudes circulaires me devenait plus compréhensible, grâce à mon expérience personnelle et à celle de mes élèves, je dus me rendre à l’évidence que quelque chose manquait. Sûrement il devrait être possible de se débarrasser réellement d’une habitude, plutôt que d’en améliorer la "gestion". Alexander n’a t-il pas assuré qu’il s’était libéré des symptômes qui l’avait poursuivi depuis son enfance ? Je me décidai donc à trouver l’insaisissable moyen de sortir du cercle. Je fus frappé (de cette manière évidente qui paraît si évidente, une fois qu’elle est évidente) que j’étais piégé par des habitudes circulaires parce que je persistais à tourner en rond dans le cercle. A chaque moment, je me retrouvais à faire le pas suivant, bien que je ne veuille pas finir là où il me conduisait. Étrangement, je ne me rendais pas compte que chaque pas m’enchaînait un peu plus au cercle, alors que je m’efforçais désespérément de faire des pas hors du cercle ! Je pensai : « quelque part à l’intérieur, il doit y avoir la clef du problème. D’une manière ou d’une autre, je fais le pas suivant dans l’habitude, bien qu’étant persuadé que je fais un pas hors du cercle ! Comment est-ce possible ? Comment puis-je me berner à ce point ? »

De ce nouveau point de vue, je revins en arrière et réexaminais chaque pas et évidemment, voilà, je l’ai trouvé. Ma façon habituelle de voir les choses me l’avait dissimulé.

Retournez au diagramme de la page précédente : il y a un moment dans le cercle où je suis "naturellement" amené à être conscient du moment présent — le moment du symptôme. En fait, le symptôme éveille ma conscience, par la sensation de tension et d’inconfort. Et que fais-je chaque fois ? Je fais exactement ce que j’ai toujours fait avant. J’essaie de quitter ce moment que je considère comme faux et mauvais, aussi vite que possible, pour le moment à venir où les choses rentreront dans l’ordre. A chaque fois. Quoique je fasse, cette procédure là est invariable et je ne la remets jamais en question. Pendant ce moment précieux où je suis assez conscient pour faire un choix différent, je décide de ne rien changer ! Ainsi, je crois faire un pas vers la "solution". Mais c’est clair comme de l’eau de roche : ces pas du "problème" à la "solution" sont les mêmes pas habituels et préconçus que j’ai toujours faits, et font autant partie du cercle que les autres. Car tout ce que je pense être la "solution", est et a toujours été, une partie inextricable de mon habitude. C’est à sa charmeuse séduction que je ne puis résister. Ainsi, les sensations déplaisantes me poussent de l’arrière et le futur meilleur me tire en avant si bien que d’aller de l’un à l’autre me semble être la seule échappatoire (et en tous cas je ne peux être attiré par aucune autre possibilité). Tout cela est parfait et échappe à mon entendement !

L’habitude est d’en rire (si je décide de la personnifier un moment) : « Quel demeuré, il s’est encore fait avoir. En dépit de toutes ses expériences passées, dès qu’il est en présence de la mauvaise sensation, VLAM !, sans qu’il le sache, il réagit toujours de la même façon et après, il se demande pourquoi il est piégé dans un cercle répétitif. Ah, ah, ah, c’est à mourir de rire ! ».

Toute l’habitude est tellement installée, que quoique j’ai pu faire avant, le moment de prise de conscience du symptôme se présente à moi comme étant pas bon; faux. C’est ainsi que je le ressens. Et je me laisse prendre chaque fois et je réagis comme si c’était véritablement faux et donc j’essaie de changer quelque chose. Je suis entièrement et profondément convaincu que ces sensations SONT fausses et que je DOIS m’y opposer, ce qui me fait inévitablement avancer à l’étape suivante du cycle. En fait, sans réaliser ce que je fais, je veux positivement et désespérément faire le pas qui me ramènera chaque fois à mon habitude. Je mendie le prochain pas. Je cherche de meilleurs moyens pour faire le pas ! En fait, ce dont je ne me rends pas compte, c’est que je suis forcé à faire le prochain pas parce qu’aucune autre alternative n’est imaginable. Ce qui veut dire que je suis forcé de réagir à mes sensations. C’est précisément la réaction : à cause de ceci il y a cela. Pas d’autre possibilités — pas de choix.

Remarquez comment l’habitude est intégrée et de combien elle est tout d’une pièce.

Réagir au moment du symptôme et me ruer vers le but idéal de me sentir bien, met fin à ma présence [conscience du moment présent, NdT] et à ma possibilité de choix, car automatiquement je me laisse happer par la vie normale : ce qui, bien sûr, signifie que je retourne dans cet état rétréci dans lequel je suis uniquement conscient de ce que je fais, et non de comment je le fais. Cette "inconscience" rétrécie fait autant partie intégrante du cycle que le reste.

Ce n’est pas tout ; quand j’analyse les moments rétrécis "inconscients" en fonction de ma dépendance du symptôme, je fais avec mes "découvertes" ce que je fais quand je suis naturellement amené à la conscience par les symptômes : j’essaie immédiatement de tout arranger de la manière préconçue dont je pense que ça doit être fait (et je dois encore souligner que mon idée de ce qui devrait arriver n’a aucune espèce d’importance car, c’est en général toujours la même réaction d’arrangement (de correction) qui fait autant partie de l’habitude que le soi-disant problème). Chaque partie du cycle valide la suivante, conduit aux autres, ce qui fait que tout marche très bien ensemble comme les différentes parties d’une machine bien huilée, une chaîne d’assemblage de problèmes.

Parce que j’étais dans un état de conscience rétrécie pendant la majeure partie du temps du cycle de mes habitudes, je suis incapable de voir comment le schéma global fonctionne dans son entier. A chaque pas, je ne vois plus loin que le prochain pas. Les conséquences de ce que je fais sont toujours au-dessous de l’horizon et par conséquent me sont invisibles. Comme Isaac Dineson (Karin Blixen) écrivait dans Out of Africa : « la terre fut conçue ronde pour que nous ne puissions voir trop loin sur la route ».

Une fois admis le fait que je m’étais fait rouler en acceptant tout le scénario présenté par mon habitude, je ne savais plus exactement où aller. Tout ne semblait que "mensonges". Pour paraphraser Alexander : « si quelqu’un était dans l’ornière, c’était bien moi ». J’étais allé suffisamment loin pour savoir qu’essayer de rendre les choses "juste" était ce qui entretenait l’habitude et qu’analyser ces moments "inconscients" équivalait à examiner les mille et un passionnants détails des bords de l’ornière — fascinant, mais j’étais toujours dans l’ornière. La chose astucieuse serait d’en sortir. Mais comment ? C’est ce que j’ai essayé de faire tout le temps mais qui n’a pas marché.

Mon seul alternative était donc de réexaminer le tout, à la lumière de ce nouvel acquis : rien n’est comme il semble être. Je persistais à être ramené au moment du symptôme. Après tout, c’est l’apparition du symptôme qui nous fait d’abord prendre conscience que nous avons un "problème". C’est seulement à cause du symptôme que nous recherchons la solution du "maintenant - ça - va - à - nouveau - tout - est - bien". Nous ne la remettons jamais en cause parce que c’est une expérience sensorielle dans le présent. Pourtant une simple réflexion suffirait à me montrer que je la ressens de cette manière, à cause de tout ce qui s’est passé pendant les moments qui ont précédé. Et tout ce qui s’est passé pendant tous ces moments antérieurs, ne sont que la répétition de mon habitude. Et je suis encore sur le point de faire un nouveau tour de manège. Que va-t-il arriver, d’après moi, si je fais ce que j’ai toujours fait. Quelque chose de différent cette fois ? C'est incroyable comment nous pouvons nous illusionner ?note3

Ce fût un choc de réaliser que la réponse était juste à ma portée. La solution pour sortir du cercle consistait à aborder simplement le moment du symptôme, ressenti habituellement comme gênant (wrong) et ne pas faire le prochain pas en y réagissant. Accepter que ce qui se passe à ce moment se passe réellement — que je l’apprécie ou non. Autrement dit, choisir de vivre librement et pleinement ce moment qu’il me plaise ou non simplement parce qu’il existe. Je vis que ce moment là est un moment de la réalité tout aussi valable que d’autres. Qu’est ce qui me fait penser qu’un moment particulier est mauvais et devrait être "arrangé" ?

Et qui suis-je, moi qui me trouve si entièrement dans l’habitude, pour prétendre savoir quelle est la bonne chose à faire ? Quelle arrogant qui s’ignore ! Moi qui suis si piégé et manipulé par l’esclavage des sensations que ce si simple choix d’acceptation paraissait impensable un instant auparavant.


 
figure 6.

Quand cette révélation saisissante fondit sur moi, au moment de reconnaître cette acceptation comme une option possible, surgit l’intime conviction qu’il serait inutile de l’essayer, parce que décider de rester dans ce moment mauvais signifierait rester avec les symptômes (probablement pour toujours). Pas question ! Mais si je pouvais parvenir au prochain moment où tout est à nouveau bien, je serais heureux d’y rester pour toujours, mais pas ici dans ce chaos, non merci.

Cela bien sûr, c’était l’habitude, comme un petit diable sur mon épaule, essayant de me convaincre que mon projet d’acceptation ne pouvait pas marcher — car c’était inacceptable. Malgré tout, j’étais encore à deux doigts de m’y soumettre quand la puissance de ma prise de conscience me revint à l’esprit. C’était si inattendu que je savais que c’était vraiment nouveau et que je n’avais jamais accompli auparavant. Alors, je me lançai.

Ce qui se passa, quand j’inhibai mon très puissant besoin de réagir aux sensations du symptôme, fût très différent de ce que j’attendais — après un moment d’intense conscience de rétrécissement et de restriction (pendant laquelle je dus encore choisir de ne pas réagir), une expansion me remplit et l’effort et la tension disparurent ! J’étais dans un état d’unité et de plénitude avec moi-même, et présent dans le monde autour de moi de manière très précise et vivante. Je me sentais bien, en fait mieux que bien, car avec l’expansion vint un plaisir grandissant et quelque chose de très vivant et de très intense. Et tout cela en ne faisant absolument rien, sauf d’aborder le moment que j’avais toujours tenu pour inconfortable (wrong) et de refuser de réagir comme je l’avais toujours fait auparavant. Et, ô merveille, il m’apparut que ce moment, après tout, n’était pas mauvais. C’était magnifique !


 
figure 7.

Ce qui n’est pas absurde, si vous y réfléchissez. Le moment où j’accepte réellement ce qui se passe en moi-même, est le moment où je m’y abandonne entièrement. Je ne lutte ni ne fais des efforts pour obtenir un "meilleur" moment. Il n’y plus de coupure en moi avec une partie qui ressent l’autre partie comme étant "fausse" et par conséquent pas digne d’être dans le moment (présent). Il n’y a plus une partie de moi essayant de changer l’autre en ce que je pense qu’il devrait être (comme si c’était possible). Par conséquent, à cet instant, je ne combats plus contre moi-même. Et comme nous avons tous tendance à l’oublier, vous ne pouvez jamais gagner un combat contre vous-même — l’un de vous va perdre et ce sera toujours vous ! Ce sera évidemment vous, parce que c’est vous qui est à l’origine du combat.

Faire le choix d’être dans le moment présent où je suis, c’est aussi abandonner la version erronée par laquelle je présumais de ce qui devait arriver, et, au contraire m’ouvrir à quelque chose de nouveau. Et c’est exactement ce qui arrive — quelque chose de nouveau. Ironiquement, ce qui se passe quand je n’essaie pas d’atteindre mon magnifique but, est que cela se traduit finalement par ce que je voulais. Tous les éléments que je recherchais sont là — unité, liberté, ouverture, présence alerte, pas d’efforts ni de tension — et rien de tout cela ne ressemble à ce que j’avais imaginé ou expérimenté avant ; et bien sûr, je suis arrivé à cet "endroit" nouveau par un chemin bien différent ou plus justement par aucun chemin.


 
figure 8.

Une expérience, bien sûr, ne prouve rien, mais après des résultats toujours équivalents, chaque fois, dans des situations variées, je commençai à y croire : je réussissais à prendre conscience des forces en jeu au moment des symptômes ou des sensations, sans réagir en essayant de corriger les chose, mais au contraire en choisissant librement et de mon plein gré de vivre le moment présent, quel qu’il fût. Aujourd’hui, plusieurs années se sont écoulées. J’ai aidé plusieurs centaines de personnes à faire le choix et leurs expériences sont toujours similaires — au moment où elles abandonnent réellement la réaction et l’obsession d’un but à atteindre (end-gaining), un merveilleux et paisible soulagement les envahit et elles s’ouvrent entièrement, respirent, se permettent de se laisser porter par le monde, sont présentes et disponibles à l’action et tout cela instantanément.

D’après ma propre expérience et le travail avec mes élèves, le plus grand défi pour tout le monde est d’aborder ce moment de sensation et de ne pas réagir en essayant de changer les choses. En fait, c’est le plus grand changement à faire — aucun changement — étant donné que nous avions toujours abordé ce moment en essayant de changer les choses. Bien que cela semble un choix simple à faire, si vous ne l’avez pas fait, vous ne pouvez imaginer combien c’est un défi énorme à mener à bien, face à la "réalité" des sensations immédiates et irrésistibles, des pensées et des émotions de ce moment existentiel. Il faut être courageux et clairvoyant pour garder son libre arbitre quand toute votre expérience vous hurle « VOUS AVEZ TOUT FAUX ! SORTEZ DE LÀ LE PLUS VITE POSSIBLE ! ». Le fait que de tels changements globaux voient le jour dès que nous réussissons à inhiber l’acte de réagir, prouve à quel point c’est un changement que d’accepter de son plein gré ce que nous ressentons comme faux et de vivre librement ce qui est donné "ici et maintenant".

3. CE QUI EST NOUVEAU N'EST PAS CE QUI EST VIEUX

Ces expériences m’ont montré en fait qu’il est possible de sortir du cercle. Mais y parvenir ne signifie pas trouver une meilleure chose à faire ; cela ne signifie pas changer les symptômes ; cela ne signifie pas se fixer (end-gaining) sur "la" bonne solution ; et cela ne signifie pas qu’il y a quelque chose de mauvais. Tout est simplement comme ça doit être parce que c’est tel que c’est. Sortir de l’habitude signifie accepter le moment tel qu’il est (c’est à dire avoir foi dans la réalité entière, sans qu’on ait besoin de l’améliorer) ; cela signifie abandonner aussi mes idées fixes sur ce qui devrait arriver (c’est à dire découvrir ce qui se passe réellement dans le présent) ; et cela signifie me permettre d’expérimenter les sensations que j’ai vraiment, au lieu d’essayer d’obtenir celles que je veux avoir (c’est à dire faire l’expérience concrètement dans le présent que si je ne réagis pas, il n’y a rien de mauvais en moi) !

Que recouvraient donc les symptômes et pourquoi ont-ils été ressentis comme si négatifs ? Ma sensation négative (sentiment, opinion) était-elle juste mon habituelle perception du moment, ou était-ce quelque chose de véritablement non constructif mais que j’avais mal interprété. Cela semblait être la prochaine question de taille à résoudre — simplement parce qu’elle est là et ne s’évanouira pas — une situation qui, je commençais à en prendre conscience, signifiait que quelque chose d’important était en train de se passer.

Je commençai à reconnaître combien j’apprenais, en étant capable de voir avec des yeux neufs les faits simples et immédiats, plutôt que les actes à accomplir pour modifier la situation. Alors, je revins en arrière sur mon expérience pour réexaminer les faits. Regardez à nouveau le diagramme de l'habitude circulaire.

Dans ce cycle, je passe la plus grande partie de mon temps dans un état de conscience rétrécie, si bien que je ne suis pas conscient du "comment" je fais ce que je fais, tout simplement je le fais jusqu’à ce que je me rende compte que je me sens très tendu et raide, ce qui correspond bien sûr physiologiquement à un état musculaire de contraction et de rétrécissement. Si effectivement je suis en unité complète, comment séparer alors la contraction psychique due à mon attention, de ma contraction musculaire ? Je fonctionne comme un système global entièrement intégré et aux possibilités rigoureusement rétrécies.note4   Si, chaque fois que je reprends conscience de ces importantes périodes que sont les moments où je suis rétréci, je découvre que je suis noué et tendu, comment pourrais-je interpréter cela différemment ? Je suis rétréci, je me rétrécie de plus en plus. Ce que je ressens, ce ne sont pas des muscles contractés, ni le fait d’être mal assis, non plus qu’un million d’autres petits détails. Tous ces détails sont réels, mais ce ne sont pas des causes, ce sont des effets. Ce que je ressens, c’est ce que l’on ressent après avoir été si longtemps rétréci.

Réciproquement, l’expérience montre aussi que lorsque je me permets d’exister, à tout moment tel qu’il est, sans réaction — autrement dit de m’ouvrir plus pleinement à l’expérience et aux événement du présent, que je les apprécie ou non — ces tensions et ces contractions disparaissent et je deviens libre et entier. Que puis-je penser de cela sinon qu’au fur et à mesure que je m’ouvre, je m’ouvre — de toutes les manières ? Plus encore, je deviens plus ouvert et plus profondément immergé dans cette nouvelle et alerte conscience du monde environnant plus que je ne l’étais lorsque je choisissais d’accepter les symptômes de rétrécissement.

Une multitude d’implications me vinrent à l’esprit. Si la seule chose que j’avais changée était de NE PAS me permettre de réagir comme si les sensations perçues étaient non fiables et qu’en conséquence les symptômes disparaissaient, comment interpréter cela autrement que j’étais OK et que je l’avais toujours été — simplement, je l’ignorais. J’avais eu l’illusion que quelque chose n’allait pas dans le présent et devait être changé pour être OK dans l’avenir ! Il est important de reconnaître que cette illusion n’est pas la sensation perçue de "ça-va-de-travers". Il y a vraiment quelque chose de "non constructif" en jeu, mais ce ne sont pas les sensations de tension et de douleur, c’est mon état d’étroitesse et d’obsession du but (end-gaining). En soi, il n’y a rien de mauvais dans les sensations. Ce sont des sensations très réelles et très valables qui me donnent une information importante, c’est à dire qu’il est très douloureux et gênant de se rétrécir si longtemps en dessinant

Que j’accède à l’unité quand j’arrête de réagir, me montre que je suis déjà intrinsèquement entier et intégré, étant donné que c’est ce que je suis quand je suis simplement moi, dans le présent — je suis et j’ai toujours été une "unité psychophysique". Quand j’arrête de me diviser en décrétant mauvaise une partie de moi-même et en essayant de la changer, je m’unifie. Je n’ai pas un esprit. Je n’ai pas un corps. Je suis moi — la somme totale de ma mémoire et de mes expériences moment après moment — un tout indivisible. Je vivais trop dans l’illusion pour le reconnaître et par conséquent j’étais toujours précisément impliqué dans cette type de réaction habituelle qui renforçait la sensation de me sentir comme si j’étais composé de plusieurs parties qui nécessitent que je les coordonne pour aboutir à l’unité dans le futur.

L’expérience du lâcher-prise et de l’aisance c’est simplement reconnaître qu’il m’est facile d’être moi-même, comme je suis dans le moment présent ; ce que je suis réellement quand je ne m’efforce pas d’être ce que je ne suis pas. Qu’est-ce qu’une tension s’exerçant sinon un conflit, une tentative perpétuelle qui ne peut atteindre son but. Non seulement, cela me demande beaucoup d’effort et d’énergie de me projeter dans le moment à venir, mais en plus c’est tout à fait impossible (bien que généralement, ça ne m’ait pas empêché d’essayer). Combien d’entre nous ignorent ou refusent d’accepter que nous ne pouvons pas être différent de ce que nous sommes, et il n’y a pas de tentatives plus frustrantes que d’essayer d’être. Je me sens libre parce que je me suis libéré de l’esclavage de devoir réagir à mes sensations et à la tyrannie de mon idée sur qui je devrais être.

Dans la même veine, l’expansion et l’ouverture qui accompagnent mon choix de m’autoriser à être dans ces moments, me montre à quel point j’étais rétréci avant, par la concentration sur ces mêmes moments et combien j’étais fermé à tout autre événement. Le sentiment profond de vie et de présence à moi-même et à l’espace autour est l’expérience (au-delà de la théorie) que je ne suis en aucun cas séparé de moi-même, ni de l’univers autour de moi !

Cela m’amène à expliciter à un autre point implicite dans ce qui précède. L’habitude circulaire est si envahissante qu’elle s’infiltre dans nos plus profonds "préceptes" métaphysiques et spirituels (et qu’est-ce un précepte sinon une "préconception"). Nous aimons l’idée que nous pouvons échapper de cette prison du soi éclaté et conflictuel, et être entier, intégré et partie du plus vaste univers, mais nous projetons ce but dans le futur : « je n’y suis pas encore, je suis toujours dans la confusion, mais je veux y arriver et, en explorant et en apprenant, peut-être serai-je un jour libre et là où je veux être ». À une échelle plus grande, nous avons tendance à considérer nos vies et nos cultures humaines comme prisonnières de schémas de conduite destructifs et d’interactions morales et éthiques, tout à fait indésirables. Nous aspirons à un état meilleur ou à un plan plus parfait et nous consacrons toutes nos énergies à les réaliser. Voyez-vous les parallèles ? Toutes ces voies parallèles « essayons d’être meilleur au prochain moment/dans la vie/dans la prochaine vie » vont dans la même direction et le train express de nos vies a des roues sur chacune d’elles simultanément. Autrement dit, notre mode fondamental d’opérer, avec cette habitude, est l’obsession du but (end-gaining) et même la pensée, l’émotion, la sensation, et le rapport au monde environnant seront interprétés et incorporés dans le schéma habituel de réaction.

Cela nous arrange d’oublier que, tous autant que nous sommes, nous savons tout à fait que seul compte le moment présent. Tous les moments passés sont loin et aucun changement ne peut être apporté à ce que est arrivé (que ça nous plaise ou non). Tout moment futur est à venir et sera ce qu’il sera parce que les événements et les forces en jeu sont hors de ma portée et de mon contrôle. La seule prise que j’ai sur mon futur dépend uniquement de ce que je fais à chaque moment présent. Mais notre sophistication et notre crainte nous font oublier aussi que dans le sens le plus pratique et le plus réel, le futur n’existe pas. Chacun de ces "présents" est ce qu’il est à cause de tous les événements et des forces simultanés (comprenant mes propres choix, mes perceptions et mes actions), à cet instant et aux instants précédents. Comme nous ne pouvons influencer les moments passés, la seule chose qu’il nous reste est à faire, c’est un choix différent dans le présent.

Par conséquent, être en mesure de faire un choix différent à chaque moment présent (en fait, n’importe quel choix) implique d’être suffisamment conscient pour se souvenir de le faire.

Quoiqu’il en soit, dès que vous avez réalisé que dans la majorité de vos moments présents, vous n’êtes pas réellement "présent" — c’est à dire qu’il n’y a pas de "vous" suffisamment conscient pour faire un choix quelconque (vous êtes pareil à un bébé immergé dans la matrice, dans le contenu de ce que vous faites) ; et dès que vous comprenez que vous êtes amené à la conscience par un symptôme (qui est en fait un messager vous révélant que la manière dont vous vous comportez est non-constructive et que votre expérience présente est ce qu’on ressent après avoir agi de la sorte) vous avez tendance à réagir contre le messager qui vous réveille, plutôt que de le comprendre ; et une fois que vous admettez réellement que votre manière de réagir vise à tuer le messager dès qu’il intervient, de sorte que vous puissiez encore retomber dans le rétrécissement et "l’inconscience" des détails de votre vie, une fois que vous prenez conscience de la totalité de ce schéma et de son implacable mécanique, se répétant cycliquement dans votre vie, vous verrez que le premier pas à faire est de maîtriser ce qui vous permettra d’être plus conscient dans ces moments présents, pour qu’il vous soit possible de faire un choix. Sans cela, nous sommes et serons plus que jamais liés et piégés, balancés d’une manifestation de l’habitude à une autre, sans devenir jamais plus sage.

Donc, qu’est-ce qui nous permet d’être plus conscient ? Fouillons un peu du côté aveugle du fonctionnement de la conscience, du côté de nos façons habituelles d’opérer avec une conscience limitée et étroite.

J’ai habituellement l’impression que je ne peux accomplir ce travail sans me "concentrer", qui, pour la plupart d’entre nous signifie, que nous rétrécissons notre attention pour éliminer les "distractions". Les distractions sont, bien sûr, d’autres parties de ce moment en cours. Je ne me rends pas compte qu’être distrait par ce qui se passe autour de moi, est le produit de mon habitude. Mais, il n’est pas difficile de s’apercevoir que je collabore avec elle en éliminant les aspects "extérieurs" de ma conscience. En fait, je suis l'habitude. note5 Quotidiennement, je pratique et améliore ma capacité à maintenir une forme de conscience rétrécie, et comme aime à dire Barbara Conable : « la pratique ne rend pas parfait, la pratique rend permanent ».

A cause de cette inconscience relative, quand les symptômes habituels apparaissent de façon cyclique, j’ai tendance à réagir comme s’il n’y avait pas eu de moment précédent celui-ci, mais seulement des moments à venir pendant lesquels je peux intervenir sur ces symptômes. L’aspect négatif de la sensation me domine à un tel point que je ne suis conscient de presque rien à part le symptôme et ce que je peux faire pour m’en débarrasser Ces sensations forment un autre niveau de distraction, surtout lorsqu’elles deviennent chroniques. Je fais tout pour l’ignorer, en rétrécissant encore davantage ma conscience.

La même chose se vérifie dans la dernière partie du cercle — ce "but" que j’essaie d’atteindre pour que tout rentre dans l’ordre. Tandis que je fuis le symptôme, je suis heureux de diriger toute mon attention vers le moment futur projeté. Comme conséquence de cette lutte et de cette tentative pour atteindre la bonne solution préconçue (qui n’a jamais vraiment marché avant), je suis fermé à tout, sauf à ce moment présent — à toutes les autres opportunités inconnues, aux possibilités propres à mon système qui cherchent à s’exprimer. Autrement dit, chaque partie du cercle entretient l’étroitesse et favorise le déjà connu. C’est pourquoi je finis par être si "inconscient". Plus exactement, je suis limité dans le déploiement de ma conscience, ce qui revient à dire limité dans le déploiement de mon être. C’est ce que je ressens en tant que symptôme — mon étroitesse limitée d’être.

Remarquez tout l’effort nécessaire pour être si étroit et si inconscient. Chaque pas demande un investissement massif et constant d’énergie. Je m’efforce de me concentrer sur mon travail. Une quantité impressionnante de travail musculaire, qu’on nomme tension, est fournie durant la période où je suis si rétréci. Je dissipe une immense quantité d’énergie physique et émotionnelle à essayer de fuir la sensation de mon étroitesse et je me contrains vigoureusement pour atteindre mon idéal et impossible but qui est d’être autrement que je ne suis. J’ai l’illusion que toute cette dépense d’énergie me mènera quelque part, sans me rendre compte que toute cette énergie sert uniquement à me maintenir hors du présent, à me maintenir contracté et à me maintenir étroitement lié à la spirale contraignante de l’habitude. Jour après jour, j’en ressens la difficulté, la contrainte, le travail et le coût, inconscient que moi-même je fournis l’énergie nécessaire au fonctionnement des schèmes habituelles. Je fournis cette énergie quelquefois volontairement et quelquefois sans le savoir. Une chose est sûre, personne ne le fait pour moi et personne ne me le fait à moi.

Revenant à la question de ce qui nous permet d’être plus conscient, nous pouvons voir que le problème n’est pas celui de l’expansion de la conscience, mais celui de savoir comment il est possible d’arrêter de la restreindre et de la rétrécir constamment. Nous sommes des créatures possédant en elles-mêmes une conscience grande ouverte et infiniment interconnectée. C’est pourquoi notre conscience et notre présence s’engouffrent en un éclair dans cette ouverture innée dès que nous cessons d’interférer par l’obsession du but (end-gaining). Dans ce cercle, quel est le seul moment où nous sommes naturellement amené à la conscience ? C’est précisément le moment des symptômes celui que nous nous complaisons à haïr. C’est le moment où notre merveilleux système riche-de-plus-d’un-million-d’années-d’évolution nous envoie un message pour nous réveiller de notre étroitesse. Il n’y a aucune possibilité de changer quoi que ce soit ou de faire des choix quand nous sommes "l’inconscience" du rétrécissement. Ce n’est pas la peine d’y penser. La tâche n’est pas d’essayer d’amener la conscience dans les domaines où nous sommes "inconscients", mais d’utiliser de manière constructive le moment où nous avons déjà la conscience, et il est heureux pour nous que, fréquemment, notre système nous réveille quand nous fonctionnons de manière non-constructive. Si nous sommes capables d’appréhender entièrement le potentiel et la réalité de ces moments et faisons le choix différent de nous permettre de vivre pleinement ces moments sans réaction et jugement, nous nous sentirons plus ouverts, plus conscients et plus présents, et par conséquent plus aptes encore à faire ces choix différents. Avec le temps et plus d’entraînement, cela deviendra notre façon d’être — autrement dit un cercle constructif qui se renforce par lui-même.

Quand je peux faire le plus simple des choix, je n’ai vraiment besoin d’aucun autre choix. Comme je vis de plus en plus constamment dans le présent, il y a de moins en moins de "problèmes" qui nécessitent des choix. Presque tout ce qui a besoin de se passer à l’instant se passe déjà comme une réponse naturelle quand je ne suis pas occupé à réagir. Ces réponses ne sont pas prédéterminées ou préconçues par moi, ou mon habitude ou ma culture. À mesure que je me permets de m’ouvrir, j’entre en interaction directe avec les événements, les situations et les gens autour de moi. Je ne travaille plus contre l’univers, je suis une partie inséparable de tout ce qui existe. Il n’y a plus à aller chercher nulle part.

Je suis chez moi.

 

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Au sujet de l'auteur

David Gorman était artiste et intéressé par l’anatomie humaine quand il est « tombé » sur la Technique Alexander en 1972 et a immédiatement reconnu son grand pouvoir de changement. Il a suivi sa formation à Londres avec Walter Carrington, est devenu professeur de la technique en 1980, juste avant la parution de The Body Moveable, son texte illustré de 600 pages sur notre merveilleuse structure humaine qui en est maintenant à sa 6ème édition.

Avec son expérience de la connaissance anatomique il a eu la chance d’être invité à enseigner dans de très nombreux centres de formation à la Technique Alexander autour du monde ainsi que des cours de formation pour Feldenkrais, l’ostéopathie, la chiropractie, le massage, pour des médecins dans des hôpitaux et des cliniques de rééducation, et dans de nombreuses universités d’art du spectacle, des orchestres et des conservatoires.

Il a donné la Conférence commémorative de STAT sur FM Alexander en 1984, intitulée « Réflexion sur nos réflexions sur nous-mêmes », et a été directeur d’un Centre de Formation pour professeurs de la Technique Alexander à Londres des années 80 à 90. Il a été l’Assistant Editeur de la Revue Alexander, un membre du Conseil de STAT, un membre fondateur de CanSTAT, NASTAT (AmSTAT) ainsi que le principal architecte du statut des Sociétés Affiliées, et du processus de certification par parrainage d’ATI. Il est également l’auteur de Looking at Ourselves, un ensemble d’articles en anglais sur la Technique Alexander.

Avec le temps, son changement de compréhension à propos des causes premières des problèmes des gens l’a conduit à continuellement améliorer son enseignement de la Technique Alexander pour trouver des chemins toujours plus efficaces pour aider la transformation des personnes et particulièrement à devenir autonome dans leur apprentissage.

Il est aussi devenu clair qu’un grand nombre des difficultés des gens ne se résumaient pas uniquement à leur usage physique mais avaient à voir avec leurs idées, leurs croyances et pensées, aussi David a développé une nouvelle approche complémentaire, LearningMethods (et , Anatomy of Wholeness à propos de notre système de coordination humain), pour aider les gens à explorer et à changer dans ces domaines. Ce travail multi-facettes est à présent intégré dans le programme d’écoles d’art du spectacle en Europe, au Canada, et aux Etats-Unis grâce au nombre croissant de enseignants de LearningMethods.

David écrit un nouveau livre, dont certaines parties seront rapidement disponibles en format livre or e-book, et depuis plusieurs années à présent il dirige un apprentissage modulaire en LearningMethods, Technique Alexander, et l’Anatomie de la Globalité « Anatomy of Wholeness », devenant pionnier de nouvelles voies d’apprentissage et d’enseignement par le biais de vidéo conférences en ligne.

DAVID GORMAN
Courriel:     Téléphone: +1 416-519-5470
78 Tilden Crescent, Etobicoke, Ontario  M9P 1V7  Canada   (carte)

 


Endnotes:

(note1)
Notes complémentaires concernant des termes spécifiques à F.M. Alexander, employés ici par David Gorman :
   means-whereby : littéralement "moyens par lesquels", dans le sens
        "les moyens dont on dispose"
   to end-gain : littéralement "gagner la fin", dans le sens "être obséder par
        le but", négliger le choix des moyens au profit du but à tout prix, la fin
        en soi. revenir au texte

(note2)
Comme un autre professeur d'Alexander, Barbara Conable, a dit : « relâcher les tensions équivaut à chasser les mouches, il y en a toujours plus ». revenir au texte

(note3)
« La véritable relation 'de cause à effet' sur une base générale en rapport avec le fonctionnement de ces mécanismes ne sera pas abordée car, comme nous allons le voir, la majorité des effets (symptômes d'une cause ou plusiers causes) ne seront pas traités en tant que tels mais comme 'causes' en relation avec le principe du 'end-gaining' ». (F. M. Alexander, Constructive Conscious Control of the Individual, page 186, Gollancz 1987) revenir au texte

(note4)
A ce propos, « se rétrécir » dans une activité avec de tels efforts qu'on finit par tuer toute vie en soi, n'est pas le seul shéma possible, mais c'est un des plus courant. Il y en a beaucoup d'autres, souvent avec des éléments qui se chevauchent. Par exemple, certaines personnes se sentent séparées d'elles-mêmes, en général leur esprit (le percevant) d'un côté, de l'autre le corps (le perçu). Le "percevant" n'aime pas ou n'accepte pas les sensations sensorielles et émotionnelles qu'il a du corps perçu et prend ses distances avec ce dernier en ne s'identifiant plus à lui. Cette réaction, bien sûr, est émotionnelle, physiquement perçue comme surtout négative, ce qui accentue la répugnance de la personne à accepter et à s'identifier à de telles sensations et renforçant ainsi la dichotomie. Ce que la personne ne comprend pas, c'est que ce n'est pas son corps qu'elle ressent, mais l'effet produit par une telle dichotomie. Vous ne pouvez sentir votre « corps ». Vous n'avez pas un corps. Vous « êtes » votre corps. Vous êtes entièrement vous-même du haut en bas et vous êtes dans le monde. Ce que vous ressentez, c'est ce qu'on ressent quand on fait ce que vous faites, en l'occurrence ce qu'on ressent quand on est à ce point divisé et en réaction ; à ce point dans l'erreur et à ce point vous efforçant de vous manipuler. Et quand c'est une habitude conséquente et régulière, les sensations seront aussi conséquentes et récurrentes, par conséquent, il devient « naturel » pour vous de vous y accoutumer et d'en venir à penser qu'elles font partie de « vous », de votre « corps ». Ce qui revient à dire qu'en dépit de toutes les différences dans le contenu ou les détails de l'habitude, elle reste asservie à sa nature circulaire. revenir au texte

(note5)
Pour paraphraser le personnage de la bande dessinée POGO : « Nous avons regardé l'habitude dans le blanc des yeux et c'est nous » revenir au texte

 


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